Une étude publiée par Eurostat, au mois de mars dernier, dévoile de fortes disparités du prix des terres dans les pays membres de l’UE.

La situation est très contrastée parmi et au sein des États membres. C’est ce qui ressort de l’analyse publiée par l’0ffice statistique de l’Union européenne, Eurostat, en mars 2018(1). Les données concernent l’année 2016 et couvrent la plupart des pays de l’UE, a l’exception de la Belgique, l’Allemagne, Chypre, Malte, l’Autriche et le Portugal pour lesquels les résultats ne sont pas disponibles.

 LA TERRE AGRICOLE HOLLANDAISE DEMEURE LA PLUS CHERE

La première place du classement revient aux Pays-Bas. En moyenne, le prix d’achat pour un hectare de terres arables, en 2016, était de 63000 euros. Pas vraiment surprenant, les Pays-Bas comptent parmi les pays les plus petits de l’Union européenne. Les espaces ruraux sont convoités et souffrent notamment d’une forte pression du développement urbain en lien avec la densité de population élevée (413 personnes/km2, contre 118 personnes/km? en France métropolitaine).  Dans le même temps, c’est en Roumanie que les terres arables étaient les moins chères. Un hectare coûtait en moyenne 1958 euros. Toutefois, ce constat pourrait bien s’inverser dans les années à venir. Depuis la chute du régime de Nicolas Ceaucescu, en 1989 et l’entrée du pays dans l’UE, 18 ans plus tard, la Roumanie connaît de nombreuses mutations. Le secteur agricole n’échappe pas à cette transformation attirant les investisseurs étrangers venus d’Europe et des pays arabes. Dans ce classement, la France fait partie des pays ou le prix  moyen, en 2016, est peu élevé avec 6060 euros l’hectare (voir graphique 1).

Toujours, selon les indicateurs d’Eurostat, sur la période 2011 à 2016, la plus forte progression du prix des terres arables a été enregistrée en République tchèque, où le prix moyen à l`hectare a triplé, passant de 1836 euros en 2011, à 5463 euros en 2016. L’analyse révèle aussi une forte augmentation en Lituanie,  Estonie, Lettonie et en Hongrie, où le prix moyen a doublé, en 6 ans. En revanche, pas de hausse significative en France: un hectare de terres valait 5390 euros en moyenne, en 2011, contre 6060 euros en 2016.

LA LIGURIE BAT LES RECORDS

Une observation du prix des terres au niveau des régions européennes n’aboutit pas au même classement.  Parmi les régions de l’UE pour lesquelles des données  sont disponibles, le prix des terres arables le plus élevé a été relevé dans la région italienne de Liguria avec en moyenne 108000 euros par hectare (chiffre 2015),  soit bien au-delà du prix moyen enregistré en Italie (40153 euros/ha). La Ligurie est la troisième plus petite région d’Italie, située au nord-ouest de la péninsule. Sa superficie cultivable, déjà très exiguë, est convoitée par le secteur touristique, en particulier le tourisme balnéaire estival, clef de voûte de l’économie ligure. À l’opposé, la terre la moins chère en Europe se trouve en Bulgarie, dans la région de Yugozapaden, située au sud-ouest. Un hectare de terres arables coûtait, en 2016, 1166 euros en moyenne (3937 euros/ha pour la moyenne nationale). Dans ce pays, le législateur a imposé des restrictions. Une loi adoptée en 2014 par le parlement Bulgare, prévoit, en effet, que les acheteurs étrangers doivent résider en Bulgarie pendant 5 années au moins pour se porter acquéreur de terres agricoles. La France n’échappe pas à cette situation très contrastée du fait de la grande diversité de ses territoires. Les prix oscillaient de 12 680 à 2600 €/ha suivant les régions.

Enfin l’analyse de l’EU révèle que « dans presque toutes les régions, les terres arables coûtaient plus cher à l’achat que les prairies permanentes (plus de 20 fois plus dans les iles grecques de Voreio Aigaio). De même, les terres arables irrigables étaient plus chères que les terres arables non irrigables (plus de six fois plus dans la Région de Murcia en Espagne) ».

Le niveau du prix des terres dépend donc d’un certain nombre de facteurs nationaux (législation), régionaux (climat, proximité des réseaux) et locaux (qualité du sol, pente, drainage, etc.), ainsi que du jeu de l’offre et de la demande sur le marché y compris l’influence des règles sur l’acquisition étrangère.

FORTES VARIATIONS AUSSI SUR LE PRIX DES FERMAGES

« À l’instar du prix des terres arables, le prix du fermage annuel d’un hectare de terres agricoles (terre arable ou prairie permanente) varie fortement d’un État membre à l’autre, ainsi que d’une région à l’autre au sein d’un même État membre » explique l’étude de l’EU. Et c’est une nouvelle fois les Pays-Bas qui remportent la palme (voir graphique 2). Le prix du fermage y est le plus cher comparé aux autres pays membres de l’Europe.  En 2016, la location d’un hectare de terres agricoles dans le royaume de Hollande, coûtait 791 euros en moyenne. À noter aussi, que la moyenne régionale la plus élevée était observée dans le Flevoland, un polder situé au nord-est d’Amsterdam, ou elle atteignait près du double de la moyenne nationale (1536 euros par an).

Un prix moyen bien loin de celui relevé en Lettonie.  Toujours sur la même année de référence, un hectare de terre se louait 46 euros en moyenne dans ce pays du nord de l’Europe. Mais c’est dans les régions Suédoises de Mellersta Norrland et Övre Norrland que l’on trouvait les prix les plus bas à la location. En effet, le prix moyen à l’hectare, en 2016, était seulement de 28 euros. Par comparaison, en France, il fallait compter 202 euros en moyenne l’hectare.

Véronique DÉAUD

Juriste en Droit rural

  • « Prix des terres agricoles et fermages. Le prix des terres varie considérablement parmi et au sein des États membres », publié par Eurostat, 48/2018, du 21 mars 2018.

Prix des terres agricoles: prix d’un hectare de terre agricole libre au cours de la période oie référence (une année civile). Prix des fermages: somme correspondant à la location d’un hectare de terres agricoles au cours de la période de référence (une année civile).